Chères matières premières

Crise des matières premières. Le monde devient numérique et l’économie a tendance à se dématérialiser. Pourtant, les prix des produits de base – tout ce qu’il y a de plus physique et concret – sont en plein essor.

Après avoir souffert pendant une partie de l’année 2020, le pétrole ayant même fini en territoire négatif, le prix des matières premières en général a connu une reprise extraordinaire : le Bloomberg Commodity Index (un indice boursier permettant aux investisseurs de suivre la tendance des marchés à terme sur les matières premières) est tombé à 496,46 points le 14 mai 2020 pour atteindre 886,82 points le 14 mai 2021, soit une variation de plus de 78 % en 12 mois.

La question que se posent maintenant les analystes est de savoir si nous sommes entrés dans un « supercycle » haussier des matières premières, c’est-à-dire une longue période pendant laquelle les prix restent bien au-dessus de leur tendance historique. Le dernier supercycle des matières premières avait atteint des sommets en 2011.

La question n’est pas anodine: sont en jeu non seulement la hausse des coûts de production pour les entreprises, mais aussi la pénurie de matières premières qui, dans certains secteurs, stoppe déjà la production. Dans le secteur de la construction, cela concerne en premier lieu le bois et l’acier, ainsi que les produits plastiques et chimiques. D’autres secteurs sont touchés. L’élevage fait par exemple face à l’explosion des prix du maïs (+30 %), du soja (+50 %), de l’orge (+20 %) et en général des aliments pour animaux (+33 % en moyenne).

Si la situation est bonne pour les entreprises minières et commerciales, elle est inquiétante pour beaucoup d’autres, notamment parce que les augmentations ne sont pas classiques, à savoir conséquentes à un déséquilibre entre l’offre et la demande. Il y a des goulets d’étranglement et des pénuries particulières: celle des semi-conducteurs a stoppé la production chez plusieurs constructeurs de machines de chantier et d’automobiles. Le cabinet de conseil AlixPartners prévoit d’ailleurs qu’en raison de la rareté des puces, l’industrie produira cette année 3,9 millions de véhicules en moins, avec une perte de revenus de 110 milliards de dollars.

Le supercycle de 2010/2011 était essentiellement dû à la voracité de l’économie chinoise en forte croissance, avec de grands programmes de construction et d’infrastructures. Cette fois-ci, les raisons de la flambée sont plus complexes et il est donc plus difficile de prédire sa durée. Plusieurs facteurs indiquent pourtant que le prix de l’acier est probablement entré dans une période de supercycle haut, ce qui impacte fortement le secteur de la construction. Les mesures de relance budgétaire (voir le plan Biden aux Etats-Unis) participent à ce phénomène. La tendance est identique en Europe et, bien sûr en Chine. Aujourd’hui, la moitié de l’acier utilisé dans le monde est consommé par ce pays. Idem pour le cuivre et d’autres matières essentielles avec pour corollaire, un enchaînement de tensions géopolitiques et une augmentation quasi générale des prix. La digitalisation, paradoxalement, participe à cette hausse des prix autant qu’elle pourrait en être freinée.

Quant aux entreprises de la construction en Suisse, le défi ne réside plus tant dans le prix mais plutôt dans l’anticipation des commandes afin de ne pas stopper la production ou les chantiers.

Publication initiale : édito de Massimo Simone > www.chantiersmagazine.ch

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  • Dernière modération le 08/06/2021 - 17:23

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