COP 21 & numérique : le problème reformulé

Geneviève Bouché, les Sommets du Digital à La Clusaz du1/2/16 au 3/2/16

Depuis la COP 21, nous savons que le problème n’est pas de sauver la planète, mais de sauver l’Homme en prenant soin de la planète. L’idéal serait de changer nos comportements, ce qui pourrait prendre beaucoup de temps… Or, justement, un autre changement en marche et, telle une boussole, il semble s’orienter à peu près dans le bon sens.

Précision : ce n’est pas le numérique qui change nos comportements, mais c’est parce que nous avons de nouvelles ambitions que nous développons ces technologies.

Notre ambition concerne « l’estime de soi » et elle passe par le désir de réussir sa vie et non plus accumuler de la richesse.

 

Et d’ailleurs, nous confions progressivement à des robots la satisfaction de nos besoins primaires (ceux liés à notre intégrité physique et physiologique) afin de nous consacrer, justement, à nos préoccupations d’un niveau supérieur.

Cette évolution bouscule nos certitudes à propos de la monnaie, la propriété, la démocratie ou encore le travail et nous ressentons le besoin de les faire évoluer.

 

Mais pour le moment, nous déléguons nos pouvoirs :

  • Aux élus, dont les décisions sont cadencées par les échéances électorales (5 ans environ),
  • À la finance, dont les ordres s’exécutent en millisecondes.

Or, les temporalités de ces décideurs n’ont rien à voir avec les temps de la vie. Alors, si réellement nous voulons réussir nos vies, nous devons trouver le moyen de récompenser aussi les citoyens qui cultivent le long terme.

Certes, le numérique nous ouvre les portes de la démocratie participative et permet d’instaurer de nouvelles formes d’échanges et de reconnaissances.

Je pense par exemple aux blockchains.

 

Mais, cette évolution risque d’être précipitée par notre drame démographique : notre planète n’est pas capable de supporter 9 milliards d’habitants. Les Occidentaux, sont menacés par cette réalité, puisqu’ils ont une démographie apaisée, voir même somnolente.

Circonstance aggravante, les drames environnementaux s’intensifient. Cependant, nous n’allons pas recréer pour les migrants les emplois du 20ème siècle, puisque le low-cost, bourré de numérique, s’avère finalement plus efficace que les interventions humaines.

 

Alors les Occidentaux misent sur la qualité des individus. Ils s’intéressent à « l’Homme augmenté », développé à grand renfort de numérique, ce qui pose des problèmes éthiques.

 

Mais nous pouvons aussi nous préparer en repensant notre manière d’occuper notre territoire, puisque le numérique nous permet de nous éloigner des zones urbaines, de renouer avec les liens sociaux de proximité et, en matière d’alimentation, de repratiquer les circuits courts qui ont fait notre force durant les siècles précédents, ne l’oublions pas !

 

Quoi qu’il en soit, nous passons inexorablement « du toujours plus » au « toujours mieux ». La compétitivité repose donc sur nos talents. Et pour gérer ces talents, nous délaissons le management hiérarchique, au profit d’un management facilitateur.

 

Jérémy Rifkin nous a promis un monde empathique et d’ailleurs, nous nous dirigeons vers des gouvernances plus complexes, de type holacratique.

 

Mais attention : l’empathie développe l’esprit de caste et donc des frictions entre les castes. Ceci nous invite à surveiller de près nos dépendances numériques et nos stratégies d’innovation.

 

Quoi qu’il en soit, nous multiplions les innovations liées au 2.0. Cependant, pour le moment, nous distinguons mal ce qui relève du bien commun et du bien privé.

Par exemple, les plateformes qui mettent en relation des offreurs et les demandeurs de travaux sont des entreprises privées, ce qui développe l’ubérisation (captation du profit sans s’impliquer dans l’investissement et la protection sociale).

Accepteriez-vous que le maire de votre ville privatise le marché où vous allez choisir vos fruits et vos légumes ?

Le marché est un bien commun dont les règles d’utilisation doivent être cooptées par toutes les parties prenantes. Avec l’encadrement de ces plateformes, nous faisons évoluer de notre modèle socio-économique, mais ce ne sera pas suffisant.

 

Notre vision du capitalisme évolue puisque la richesse produite résulte de plus en plus de l’accumulation de savoirs qui appartiennent à la collectivité.

Notre système social n’est pas adapté au chômage de masse, ni au travail en mode projets qui est pourtant un fort vecteur de pollinisation des savoirs.

Cet inadaptation donne l’impression que le travail se raréfie, ce qui est faux : il y a toujours assez de travail pour tout le monde car l’Homme a toujours des besoins d’un niveau supérieurs à servir.

 

En l’occurrence, les tâches qui deviennent importantes sont celles qui permettent à chacun de réussir sa vie tout en développant l’attractivité de la communauté. Je veux parler des tâches liées à la famille, à la formation, à l’innovation, à la vie culturelle et associative, ou encore à la politique et à la spiritualité.

On les appelle les tâches « contributives », par opposition aux tâches « productives », que nous savons déjà récompenser.

Avec l’ère industrielle, nous avons appris à récompenser les tâches productives sur des critères quantitatifs et capitalistiques. À présent nous allons inventer les mécanismes qui permettent de récompenser certaines tâches sur des critères de "contributivité" positive et négative.

Pour pouvoir récompenser aussi les tâches contributives, nous allons devoir toucher à notre pacte social et à la gouvernance de notre monnaie… Qui constituent pourtant les piliers de notre vivre ensemble.

 

Alors, pour éviter de passer par une phase de cahot, pouvons nous inspirer du processus de la vicariance et de la simplexité qui permet aux organismes d’évoluer (ou s’adapter) sans rupture. Voici comment il fonctionne :

  • Dans un premier temps, un organe nouveau apparaît qui permet de s’adapter un changement, c’est une vicariance.
  • Puis, l’organe d’origine se simplifie, de manière à ne pas accumuler de la complexité. C’est la simplexité.

 

Notre système actuel ne reconnaît que les tâches productives.

  • La vicariance va avoir pour objet de développer des mécanismes de récompense des tâches contributives,
  • La simplexité va avoir pour objet de simplifier la monnaie et le pacte social dans une vision globale.

Les monnaies intelligentes vont permettre de simplifier notre système de redistribution (fiscalité et aides) dont la complexité est devenue ingérable et source de rigidités.

 

Le revenu de base va permettre à chacun de gérer son parcours de vie au grès des opportunités qui se présentent à lui dans les sphères productives et contributives.

Le revenu de base est déjà inscrit dans nos valeurs communes puisque, par exemple, de plus en plus, chacun se distingue par ce qu’il fait et non plus à travers des signes ostentatoires, qui désormais servent à exprimer notre personnalité.

Ce que la COP21 ne nous a pas dit, c’est que nous devons nous adapter le plus vite possible à nos nouvelles préoccupations, celles de réussir nos vies… Et tout ira bien !

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  • geneviève bouché bouché

    futurologue et incubateur

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